POUR UNE THEORIE DE LA REPRODUCTION LITTERAIRE
Par chose le lundi 25 avril 2005, 17:14 - copie-colle - Lien permanent
"Sa forme authentique, le texte littéraire ne la garde donc pas en arrière de soi comme un trésor, ou une sorte de lettre cachée, dont l’intangibilité devrait être à tout prix préservée. Mais il la porte en avant de lui-même, en ouvrant le champ de ses propres modifications, et de leur exubérante prolifération. Ainsi, sa figure première, ce qu’on appelle communément son “original”, ne serait elle-même que brouillon ou document, c’est-à-dire avant-texte. Et il n’y aurait texte seulement que dès lors que serait amorcé le processus de sa reproduction, avec l’apparition des variantes qui dessinent au fur et à mesure sa structure en la déformant et en la reformant à nouveau. Et, pour penser ceci, on ne peut faire mieux qu’évoquer le modèle musical de la variation, et ce qui constitue l’un des sommets de cette forme : les variations Goldberg de Bach, où un aria initial s’absorbe et se prolonge, comme à l’infini, dans le cycle de ses transformations, pour resurgir à la fin, non plus tel qu’il était au commencement, mais comme s’il résultait de tout ce travail interne au cours duquel il semble s’être lentement élaboré, de manière à n’émerger que lorsque ce travail aurait atteint son terme, et lorsqu’il se serait lui-même trouvé, connu, rencontré. Mais cette fin n’est elle-même que relative, puisque le cycle en s’achevant et en se refermant sur lui-même s’ouvre à nouveau comme s’il se relançait vers d’autres cycles, eux-mêmes en résonance avec le précédent."
P. Macherey - in : Comment la littérature agit-elle ?, Centre de recherches sur la lecture littéraire de Reims, Editions Klincksieck, Paris, 1994, p. 17-28
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