La journée d'un scrutateur
Par chose le mardi 31 mai 2005, 12:15 - copie-colle - Lien permanent
Le soir venait. La « délégation du bureau » continuait sa ronde à travers les salles, des salles de femmes à présent. À les faire voter dans leur lit, avec ce paravent qu'il fallait déplacer chaque fois, on n'en finissait pas. Les vieilles malades mettaient parfois dix minutes, un quart d'heure. - Vous avez fini, madame ? Nous venons ? La malheureuse, derrière son paravent, pouvait tout aussi bien être en train d'agoniser. - Vous avez fermé l'enveloppe ? Oui ? On repliait le paravent; le bulletin était encore là, ouvert, blanc, ou bien taché, ou bien couvert de gribouillis. Amerigo se montrait vigilant. La malade devait rester seule, le prétexte d'une mauvaise vue ou de mains gourdes ne prenait plus, désormais, il n'était plus question de laisser une soeur remplir le bulletin ; Amerigo était inflexible : si l'électeur ne s'en tirait pas tout seul, tant pis ; il ne voterait pas. Italo calvino in La journée d'un scrutateur
